Version audio : Dearlobbies. FOR #4 – Metz, le mardi 17 novembre 2020. Soundcloud, le 4 janvier 2019 (3:21) > Si vous ne disposez pas de compte Soundcloud, cliquez sur « Ecouter dans le navigateur / Listen in browser »

 

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oc, toc, toc. La porte s’entrouvre. Tobias, lève-toi mon amour, nous partons pour l’école dans 45 minutes, je n’ai pas entendu mon réveil, nous sommes en retard. Et surtout, pense à bien te couvrir. Elle dépose un baiser sur son front, encore tout chaud. Il reçoit le bisou avec tendresse, emmitouflé dans sa couette.

Dehors, le temps est sec et froid, mais le soleil brille. Après les Etats-Unis il y a presque deux ans, c’est au tour de l’Europe d’être plongée dans une vague de froid glacial. Le réchauffement climatique, disent-ils.

Dépêche-toi mon garçon, je te prépare ton petit-déjeuner.

Engourdi, il se redresse sur ses coudes, puis ses mains, et à demi-assis, s’étire tel un chat et rit. Il n’en revient pas. Il fixe sa commode du regard, tente de se concentrer afin de ne pas perdre une miette du rêve qu’il vient de faire, et qui s’évapore déjà. Il dépose ses mains sur ses joues en riant à nouveau.

Il ne racontera certainement pas ce rêve à sa mère, qu’il agace déjà beaucoup trop à force de lui faire la leçon.

Il y a deux ans, en se perdant sur YouTube entre deux vidéos de ses influenceurs préférés, il s’est retrouvé scotché au discours de Greta Thunberg. Tous ses copains l’ont vu, s’y sont identifiés, tous ont décidé de se faire entendre, de tout changer, à commencer par les mauvaises habitudes de leurs parents. Et puis c’est vrai, pourquoi aller à l’école quand on n’a pas de futur ?

Depuis l’année dernière, les manifestations auxquelles prennent part de très jeunes enfants, collégiens et étudiants s’enchaînent. L’ampleur est impressionnante et les gouvernements sont dépassés. Mais revenons à notre histoire.

Debout dans son pyjama molletonné, face à son miroir, il repeigne ses cheveux ébouriffés. Il se regarde tel un super-héros. Il est très fier de son cerveau. Comment a-t-il pu mélanger de la sorte ses cours de biologie et d’économie ? Dans son rêve, les riches étaient apparentés aux cellules cancéreuses gourmandes d’un organisme déjà trop affaibli. Sauf que ces cellules, à la manière des personnages de Il était une fois la vie, étaient pourtant douées de conscience. Et pour autant, elles continuaient à grignoter chaque jour un peu plus le peu de réserves restantes du corps qu’elles habitaient, quitte à l’accompagner dans la mort. Étrange, non ?

Il aurait beaucoup aimé connaitre la fin de l’histoire, mais ne s’en rappelle plus.

Avant de sortir de sa chambre. Il griffonne quelques mots sur un cahier pour ne surtout rien oublier. Cela fera certainement bien rigoler ses copains.

Merci à Florian d’avoir participé à l’écriture de ce récit en choisissant la ville, le nom du personnage, et la saison pendant laquelle se déroule cette histoire.
Avant de voter, pensez à jeter un coup d’œil aux ressources ci-après.
Brut. Le discours de Greta Thunberg à la COP 24. YouTube, le 17 décembre 2018. (03:46)
Hervé Kempf. Comment les riches détruisent la planète. Point, 2014. 160 p. (7,50 €)
Retrouvez tous les récits « Fiction ou réalité » ici.
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