Ce témoignage n’a pas été modifié

 

Ma première pilule, je m’en souviens comme si c’était hier : j’avais 18 ans, un petit copain depuis un an, et on voulait « sauter le pas ». Mon généraliste me l’a prescrite comme on donnerait un bonbon à ses enfants, sans mise en garde particulière, avec la traditionnelle prise de sang à faire « avant la troisième plaquette ». Je me sentais libre à l’époque, de ne pas avoir à me soucier d’une potentielle grossesse, je prenais ce cachet comme une grande bouffée de tranquillité.

Je me suis séparée de ce copain, puis de ma pilule. De l’eau a coulé sous les ponts, quelques partenaires non réguliers avec qui la contraception se résumait à quelques préservatifs. Et de nouveau un point de stabilité. J’ai rapidement repris la pilule, par confort, du moins je le pensais. Sauf que j’ai vite réalisé que ma libido à encéphalogramme plat ne venait pas d’une routine, d’un manque d’amour ou d’un alignement des planètes, mais que ça ne pouvait être que ma pilule. Ça et puis ce sentiment lourd d’être constamment la même, sans sautes d’humeurs, sans grande joie ni malheur, l’impression d’être anesthésiée et de ne vivre qu’à moitié.

J’ai continué deux ans à avaler mon cachet à heures fixes, mais je sentais que la pilule ne passait plus. Je fais partie de ces femmes qui ne veulent pas d’enfants : c’est un choix assumé depuis toujours, alors je me disais « j’aurais l’air de quoi si je tombe enceinte alors que je décide d’arrêter la pilule ? Même si c’est un accident, les gens vont me prendre pour une irresponsable ! ».

Je croise enfin le chemin de Dearlobbies, qui n’est à l’époque « qu’un » groupe Facebook. Je ne suis plus seule. Je suis enfin comprise par d’autres qui comme moi refusent la pilule. Je lis mes symptômes, je lis mes inquiétudes, et soudain tout ça devient moins lourd à porter. En découvrant ma haine pour la pilule et le mensonge qui l’entoure je découvre aussi la sororité et l’entraide.

Novembre 2016, je décide de rompre avec le cachet. Après ma semaine d’arrêt, je laisse la boite de trois plaquettes que je venais de racheter fermée. Pour ne plus être seule dans ma démarche je prends le temps de l’expliquer à mon amoureux, qui me demande pourquoi je ne l’ai pas fait avant et que bien sûr qu’on remettra des préservatifs. J’ai peur du retour des boutons, de ma fertilité, des effets secondaires. De ne jamais retrouver ma libido ni ce qui me semble être l’essence de moi-même. Les mois passant, la pilule s’efface, je reviens à la vie ! Ça paraît être un mot fort, mais je redécouvre chez moi une sensibilité qui avait disparu depuis 3 ans de prise. J’ai l’impression un peu déstabilisante d’avoir un tsunami d’émotions, de désir. La nature est bien faite, tout se remet en ordre : mes cycles, ma sexualité, ma personnalité. Je suis guérie de ce médicament. J’apprends à rencontrer ma féminité au travers de la symptothermie.

Pourquoi personne ne m’a appris avant toute la force du féminin ? Pourquoi personne ne nous apprend qu’on peut devenir pilote et pas passager dans son corps ? On observant méticuleusement température, glaire cervicale et position du col, je sais ce qui se passe là-dedans, je me respecte pour tout ce boulot, je suis profondément en paix avec mes humeurs, et surtout, nous vivons une sexualité épanouie, simple, avec des périodes d’infertilité qui nous permettent de jouir d’une grande complicité sans contraception.

La seule chose que je regrette, c’est qu’on ne m’ait pas plus tôt dit que la pilule était un danger à avaler, d’avoir pris des risques pendant presque 6 ans. Je regrette aussi que le corps médical n’ait pas été en mesure de me trouver une alternative sans hormones en faisant la sourde oreille à mes demandes. Mais ce que je ne regrette pas, c’est d’avoir dit stop à la pilule, et de faire passer le message autour de moi qu’autre chose est possible. Même si la tendance est de nous taxer de réactionnaires irresponsables qui refusent l’émancipation féminine qu’a représenté la pilule, je pense que la balle a changé de camp.

Il est temps que nous soyons toutes au courant des dangers de la contraception hormonale. Il est temps de partager les responsabilités contraceptives pour l’égalité des sexes. Il est GRAND temps de renouer avec notre féminité et d’assumer tous ses aspects qu’on met en sommeil et qu’on rend honteux dans les médias. Si la pilule ne vous convient plus, ne doutez pas de vous, doutez d’elle !

Merci à Vanessa pour ce témoignage.
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