Ce témoignage n’a pas été modifié

 

J‘ai pris la pilule Diane 35 de 14 à 24 ans, soit pendant 10 ans. J’en ai maintenant 26. A 13 ans, comme bon nombre d’adolescentes et adolescents, j’ai de l’acné. Pas tant que ça finalement, mais suffisamment pour me sentir moche, scrutée et moquée. Je me revois aller chez le coiffeur pour me couper la frange pour cacher ces disgracieux petits occupants de mon front. La mentalité des collégiens est de loin la kryptonite des jeunes qui n’ont pas confiance en soi. Mon dermatologue me prescrit ce traitement qui changera littéralement ma vie, traitement qui « guérira mon acné » me dit-il. Ce traitement, c’est Diane 35. Je prends mon premier comprimé le lendemain de mes deuxièmes règles. Un corps en pleine puberté, instantanément bousculé.

Commence donc ce mécanisme me condamnant à avaler quotidiennement un petit comprimé qui « guérira mon acné ». J’ai mon ordonnance, ma première plaquette, au bout de quelques mois, ma peau est belle, le dermatologue ne m’a pas menti. Je n’en sais pas plus, je sais que c’est une pilule contraceptive, mais les répercussions qu’elle aura sur mon corps, et sur mon mental, ça, on ne m’en parle pas. La seule chose que je pense savoir, c’est que j’ai maintenant une belle peau, et que si j’ai un copain, pas de risque de grossesse.
C’est d’une simplicité ! Un petit bout de sucre qui fait tout ça. Prenez donc la pilule !

Mais.

Les années passent, j’oublie qui et comment j’étais avant de prendre la pilule, il faut dire que j’étais une enfant.

Je pense alors que je suis naturellement mélancolique. Si je suis triste le soir avant de dormir, c’est normal. Si je n’ai pas envie de sortir, de me confronter aux autres, c’est normal. Si je frôle la crise de panique dès que je suis trop stressée ou trop triste, c’est normal. Si je n’ai pas et n’ai jamais eu de libido, c’est normal. Si j’ai l’impression d’avoir été inexistante depuis le collège, c’est normal. Imaginez être ce petit corps qui marche, travail, mange, dort, mais sans rien dedans.

En 2015 je mène une vie assez paisible, un travail que j’aime, mais je me pose des questions.  Se sentir emprisonnée dans son corps, ne pas être impulsive, être neutre, fade, se forcer à voir ses amis, ne pas avoir l’impression d’exister, faire des choses sans avoir réellement conscience de les faire, c’est vraiment normal ? Je pense à arrêter la pilule. Je n’ai à ce moment encore aucun recul sur la pilule, juste des doutes. Ces choses qui m’amènent à penser que je dois l’arrêter, je les ai seulement lues, je ne les ai pas encore reconnues personnellement. Quelque chose me dit que la pilule m’a transformée, et je veux en être sûre.

En octobre 2016 : j’arrête enfin Diane 35. Seulement quelques mois après l’arrêt : ma vie est bouleversée, pour le mieux (bon, et j’ai de nouveau de l’acné, évidemment). Je suis sur mon ordinateur, j’écoute une musique que j’aime beaucoup, instantanément, je bouillonne d’une joie tellement incontrôlable qu’elle en devient palpable, je brûle de l’intérieur, je suis tellement heureuse, je ressens une joie démentielle, je n’ai qu’une envie c’est de le crier sur les toits. Je n’avais jamais rencontré de telle sensation de bonheur. Depuis, je suis continuellement heureuse, je ne suis plus terne ni mélancolique. Je me redécouvre quotidiennement. Je suis en train de vivre la crise d’adolescence que je n’avais pas vécue. Je suis impulsive, agitée, je veux courir partout, découvrir le monde, rencontrer des personnes qui partagent les mêmes passions et convictions que moi, je me sens vivre. J’ai de nouveau 15 ans, ou plutôt j’ai 15 ans pour la première fois.

Je suis aussi anéantie que touchée de réaliser que j’avais cette capacité, cette volonté, et cette énergie blottie au fond de de moi pendant toutes ces années, la pilule a inhibé toutes mes émotions. La pilule a gâché mon adolescence. Mais son arrêt m’a rendue tellement plus forte, tellement plus fière. La prise de conscience de l’impact de ce petit comprimé blanc sur ma vie et sur la planète m’a transformée. Quel regret, quelle rancune j’ai à l’égard de ce dermatologue en qui mon moi de 14 ans avait tant d’espoir et de confiance.

Depuis 2017, mentalement, je suis une femme libre, engagée et heureuse. S’il y a bien une chose pour laquelle je peux me remercier d’avoir pris la pilule, c’est à quel point, ça m’a ouvert les yeux sur l’écologie, la puissance de la nature et mon désir de me sentir vivre et de me sentir femme.

Merci à Maureen pour ce témoignage.
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