Je dors paisiblement.

Ce qui me semble être une explosion m’arrache des bras de Morphée.

Mon cœur s’emballe.

J’ai oublié d’éteindre ma bougie la veille, et tout a sans doute explosé.

Je me redresse, jette un coup d’œil à ma gauche, la flamme virevolte encore fébrilement sur ma table de chevet. Mon regard s’arrête un instant sur mon réveil, il est 6 heures du matin. Qu’est-ce qui peut bien faire un boucan pareil à cette heure-ci ?

Je n’ai pas le temps d’y réfléchir davantage. Deux hommes se ruent sur moi, me hurlent dessus, me demandent de me lever et de m’habiller. Je sonde la pièce, je n’arrive plus à les compter, ils sont partout, ils sont énervés, agressifs. La violence de la situation me terrorise.

Une émotion inconnue jusqu’alors me traverse l’esprit, je vais mourir.

Je tremble de peur, de colère, je crois à un règlement de comptes.
Je tente de comprendre, mais je ne comprends pas.
Debout, désormais bien réveillée, fermement maintenue, je tente de me débattre et leur hurle de ne pas tout casser.

Alors que je les observe saccager mon appartement, je ferme les yeux. A la manière d’un ordinateur qui traiterait en accéléré des données, je laisse mon cerveau passer en revue les événements des derniers mois, tentant d’extraire des éléments de contexte qui expliqueraient la scène que je suis en train de vivre. Une haine profonde s’empare de moi. Je fixe mon copain, rencontré neuf mois plus tôt, plaqué à terre.

C’est au moment où ils s’agenouillent sur lui pour le menotter que tout commence à s’éclaircir, c’est la police. L’un d’eux me prend à part et m’explique que cette perquisition est l’aboutissement d’une enquête pour trafic de stupéfiants, que je suis sur écoute depuis plusieurs mois, et qu’ils ont préféré l’arrêter chez moi à Paris, plutôt que chez lui, au beau milieu de sa cité, tu m’étonnes.

Ils l’embarquent.

Je reste prostrée, sonnée.

Je suis seule dans un appartement dont la porte d’entrée, qui ne ferme plus, vient d’être défoncée sans sommation à coups de bélier. Autour de moi, les restes de ma petite vie tranquille, comme ravagés par une tornade, salis par leurs semelles dégueulasses, la bave du chien puante, et les traces de doigts sur les murs.

J’ai la nausée.

Je ne fume pas, et pourtant, je fume toutes ses cigarettes.

Je ne pleure pas, je ne dors pas.
Je suis dans une matrice.

Je suis blanchie.

Je suis blanchie mais laissée à l’abandon. La réparation des dégâts matériels engendrés par la perquisition sera à ma charge.

« Vous n’aviez qu’à choisir un autre copain ! »

Je perds mon logement, mon travail, une bonne partie de ma naïveté, ma foi en la justice.

Pour la toute première fois, je me sens comme extraite de force de la société.

Ma révolte intérieure n’en sera que plus forte.

Ce n’est que le début.

Fin.

Pour toute question ou commentaire, merci de bien vouloir utiliser le formulaire du site.