Avril 2002

Je suis jeune, insouciante, férue de snowboard et de vitesse.

Alors en vacances à la montagne avec ma famille, je décide de partir à l’aventure seule un matin pour « me faire » le glacier. Cela n’inquiète personne, mes frères et moi skions depuis petits et connaissons la station par cœur, s’évader est pour nous une habitude, nous savons à quelle heure rentrer et c’est le début des téléphones portables, j’ai donc mon tout nouveau 3310 bleu marine hyper beau gosse dans la poche au cas où. Il a un peu de mal avec le froid, mais ça va, il résiste bien le gros pépère, je m’entraîne même parfois à jouer à snake dans les œufs pour passer le temps !

Une vaste et grandiose piste m’attend, que du bonheur. Il fait plutôt beau et nous sommes au printemps, ce qui veut dire que le peu de fréquentation à cette période de l’année va me permettre de me faire un petit « tout schuss » de haut en bas sans avoir à slalomer entre les gens, ce qui me ralentirait, je trépigne d’impatience !

En quelques minutes, me voilà sortie du téléphérique, mes fixations parfaitement attachées, mon petit bonnet vissé sur ma tête, mon masque en place, mes moufles bien serrées, je me lance. Je vais si vite que je sens le vent traverser les mailles de mon pull noir, oui, mon pull noir, car vous savez, je suis au moment de ma vie où l’apparence prévaut sur tout le reste et là justement, je ressemble enfin à une snowboardeuse comme celles que je croise sur les pistes et à qui j’ai piqué le look.

Je me pavane, tant pis pour le froid !

Bon, la température en avril n’est quand même pas exactement celle de janvier ou février, je vous rassure. Me voilà à faire de belles et longues courbes, ma moufle droite caresse la neige de temps à autres et je vais de plus en plus vite, l’adrénaline monte, mon dieu que c’est bon ! Que je suis heureuse d’avoir résisté aux premiers jours d’apprentissage, ceux ou je passais mon temps par terre, les genoux et les poignets en compote. Je maîtrise la glisse et je suis plutôt fière de moi !

Je me redresse un peu sonnée, une petite fille ramasse mon masque à quelques mètres et me le rapporte gentiment, sauf que je ne comprends rien, blanc total. J’ai beau réfléchir, je ne sais pas pourquoi je suis à terre, et dans la panique je tâte tout mon corps, je n’ai mal nulle part. Seulement plus ça va, moins j’arrive à sentir ma main droite, puis mon bras, ma jambe, ma joue. Ma vue se trouble, j’ai peur, très peur, il faut vite que je rentre à l’appartement pour m’allonger.

L’instant d’après je suis couchée, mais pas dans mon lit, je crois comprendre que je suis dans un hélicoptère, je ne vois quasiment plus rien, je suis complètement dans les vapes et je demande au médecin qui m’accompagne si je vais mourir. Il me répond que non, mais je ne le crois pas, il n’allait pas me répondre oui, tiens. Je sombre. J’ouvre à nouveau les yeux lorsque je me retrouve étendue sur une table entourée d’inconnus, on me perd à nouveau.

Quelques heures plus tard, je me réveille dans ma chambre d’hôpital, je n’ai jamais eu aussi mal à la tête et la personne qui partage ma chambre n’y aide vraiment pas, elle me raconte sa vie en boucle et oublie toutes les trente minutes ce qu’elle vient de me dire donc rebelote, la pauvre vieille. Je suis malade, j’ai des nausées à n’en plus finir. Il faut dire que je viens de me faire un joli traumatisme crânien. Fort heureusement, à part une relative appréhension du snowboard faute de souvenirs quant à ma chute, je n’en garderai aucune séquelle grave et rechausserai mes skis sans problème.

Cette année là, je commence à souffrir de violentes migraines.

Fin.


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