Septembre 2004

Après plusieurs heures de vol et une escale à Detroit, me voilà assise sur ma valise entourée de mes nouveaux camarades de classe, émerveillés par ce qui nous entoure.

Nous commençons à faire timidement connaissance en attendant le shuttle qui nous déposera à l’école. L’air est chaud et humide, étouffant, comme je ne l’avais jamais encore ressenti. Ce nouvel environnement a une odeur particulière que je ne saurais vous décrire, un brin iodé, mélangé aux parfums forts des gens qui vont et viennent, aux fast food et pots d’échappements. Ça y est, j’y suis, j’ai tout juste 17 ans et je m’apprête à passer une année aux Etats Unis.

Ce qui est bien c’est que je n’aurai pas eu de mal à partir avec mon stock de plaquettes de pilule. Seule la pharmacienne a rechigné à m’en donner autant, les médecins, eux, ont été compréhensifs. Je suis en tout cas tranquille de ce côté-là, je garderai ma peau de bébé tout du long et qui sait, je pourrai peut-être du coup rencontrer un bel américain !

Les mois passent et je me familiarise avec mon pays d’adoption, mon école se trouve sur Collins Avenue à Miami Beach, en plein sur la plage, autrement dit, le rêve ! Je ne suis jamais autant sortie de ma vie, je m’amuse comme une folle, j’enchaîne les nuits blanches, les soirées sur la plage, les fêtes, j’ai l’impression d’être dans une autre dimension, et pourtant.

Et pourtant ces épisodes tristes persistent. Mais bon sang d’où ça me vient tout ça ? J’ai beau chercher je ne comprends pas, j’ai une chance inouïe d’être ici, plein d’amis et absolument AUCUN souci ! J’arrive même à mettre en place un petit business, je fais des tresses (braids) plutôt bien payées aux étudiants, j’ai de l’argent de poche, tout roule. Je suis plus qu’épanouie, à tous les niveaux.

Oui mais voilà, il n’empêche que je me sens régulièrement déprimée sans aucune raison, des sentiments profonds insurmontables, un désespoir venant de nulle part si bien que je m’enferme souvent dans ma chambre sans l’envie de me « confronter » à qui que ce soit. Je m’évade de ma vie pourtant rêvée en regardant les derniers épisodes de Sex and the city. Je programme les sous-titres en anglais sur ma télé carrée old school (c’était tout de même il y a 14 ans) pour m’améliorer, histoire que mes petites crises servent quand même à quelque chose, et ça fonctionne plutôt bien. Je fais semblant que tout va bien, car c’est le cas, tout va bien.

Il est 6 heures du matin et on est là sur Washington Avenue à se manger une pizza, on y croise les joueurs de Miami Heat, les Yankees de New York, Coolio, Fat Joe, un monde résolument à part, je fais même copain copain avec Eddie Jones. Il faut dire qu’on a dansé toute la nuit, on avait faim, et ça va être dur d’enchaîner avec l’école dans deux heures, mais ce n’est pas tant ça le problème, je n’ai cours que jusqu’à 13 heures, je tiendrai le coup, mais cette migraine ! Je ne bois pas d’alcool, je ne me drogue pas, c’est à cause de ce p* d’accident de snowboard qui me poursuit trois années plus tard ! Je me couche, mon masque sur les yeux, tant pis pour cette matinée de cours, et les autres.

Fin.


Découvrir les autres bouts du puzzle.
Ce contenu n’est pas sponsorisé.
Pour toute question ou commentaire, merci de bien vouloir utiliser le formulaire du site.