Bordeaux, le vendredi 4 avril 2025

L’heure tourne.

Le minuteur vient de virer au rouge, il ne lui reste que très peu de temps. 

Il commence à stresser, comme d’habitude, mais il a bien avancé, très concentré, dans un état proche de la méditation. Il se sent efficace.

Il se dépêche de terminer son e-mail, jette un coup d’œil à sa todo liste et écrit avec hâte les tâches qu’il doit encore effectuer sur son carnet, avant la coupure.

Ses listes sont désormais réparties en trois catégories, d’un côté ce qui nécessite absolument une connexion, ce sur quoi il pourra travailler hors ligne, et enfin, tout ce qu’il pourra faire à la lumière du jour, sans électricité, comme lire à côté de la fenêtre par exemple.

Depuis que le rationnement est en place, sa manière de travailler et d’utiliser Internet a totalement changé, son foyer est désormais non seulement limité en électricité, en temps de connexion, mais aussi et surtout en volume de données. Il doit faire attention à tout et éviter – de fait – les échanges et opérations non indispensables.

Il se sent bien plus efficace qu’avant.

À son grand étonnement et après avoir dans un premier temps ardemment manifesté contre ces nouvelles mesures coercitives drastiques, il s’est finalement très vite habitué à ce nouveau rythme de vie. Ses journées sont dorénavant compartimentées et bien mieux organisées. Il ne « surfe » plus pour passer le temps, se concentre sur l’essentiel, travaille mieux et plus vite. Autrefois, il se serait probablement perdu sur Internet au détour d’une recherche, et ceci plusieurs fois dans la journée. Aujourd’hui, une seule vidéo sur YouTube couperait sa connexion, précieuse.

La plateforme n’est d’ailleurs plus fonctionnelle dans de nombreux pays du globe.

En tant que professionnel, il dispose en tout et pour tout d’un forfait de trois heures de connexion quotidiennes à répartir entre 6h du matin et 14h. Pour les salariés et entrepreneurs, il existe trois créneaux, répartis aléatoirement entre, 6h-14h, 10h-18h, et 14h-20h. Les particuliers, eux, n’ont droit qu’à une heure de connexion par jour, entre 20h et 22h. Entre 22h et 6h du matin ne sont autorisées que les lumières, le chauffage en dessous de 17° et les congélateurs, sous peine de sévères amendes, voire de coupure totale si récidive.

Qui l’eut cru. Ses journées sont devenues bien plus calmes, sa vie sociale plus riche et sa vie personnelle plus épanouissante. Il rejoue enfin de la guitare, retourne au théâtre, à la bibliothèque, au foot, et sans écran au coucher, il s’est même remis à lire, lorsque l’alimentation électrique le permet.

Cerise sur le gâteau, il a enfin retrouvé le sommeil.

Pour rien au monde il ne reviendrait à sa vie d’avant.

Fin.


Chaque dixième de degré compte pour ‘conserver des modes de vie décents à moyen terme nous évitant d’entrer dans l’inconnu’. ‘C’est une véritable économie de guerre qu’il faut mettre en place, une économie de rationnement, d’efforts intenses qui nous sort de notre monde de confort. Cela demande un effort important de la part de tous sur une décennie ou deux.

Les long-courriers, couvre-feu thermique, quotas sur le café … Les mesures extrêmes pour rester sous 1,5°C. Novethic, le 5 février 2019

La meilleure énergie est celle que l’on ne consomme pas. Derrière chaque site Web il y a des routeurs, des serveurs qui consomment pas mal d’énergie.

Fabienne Chauvière. Low Tech Magazine : le site Web qui carbure au solaire. Les savanturiers, France Inter, le 11 novembre 2018

2050 : quels futurs pour Internet ? Salut le turfu, Usbek & Rica, le 8 février 2019

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