L’ambiance sonore est particulière. S’il fallait absolument la décrire, elle ressemblerait à l’adjonction d’un brouhaha confus et bruyant aux bruits stridents et ininterrompus du moteur de la barque en bois étroite fendant à vive allure les flots du Rio Madre de Dios.

Au fil des courbes du trajet, et ce malgré les lattes du toit, il sent le soleil taper de temps à autres sur sa peau, et le vent caresser ses cheveux et ses cils. Ses yeux justement, se plissent sous ses lunettes pour observer l’horizon vert et beige que dessinent les berges et leurs arbres majestueux, surplombés d’un ciel bleu très clair et lumineux, bien que parsemé de nuages.

L’air chaud fait danser et claquer le tissu de ses vêtements.

Lorsque l’on tend l’oreille et que l’on prête attention au second plan, ce n’est plus l’Homme que l’on entend, mais la nature omniprésente, forte, puissante.

Elle éveille les sens.

En fermant les yeux, on pourrait aisément imaginer la richesse inouïe de la biodiversité grouillant à quelques mètres du bateau dans cette jungle bordant la rivière. Les différentes espèces animales et végétales semblent en effet tour à tour se chatouiller, discuter, se disputer, hurler, chanter, s’arrêter, chuchoter, jusqu’à ce que le tout forme à nouveau cette ambiance particulière, déchirée par un énième cri de vie, typique de cette région tropicale limitrophe du Brésil et de la Bolivie, unique écosystème de savane humide tropicale au Pérou.

Ces étendues du sud-est, terres de communautés natives et abritant notamment le lac Sandoval, le lac Valencia, le Parc national du Manu, la Réserve naturelle Tambopata ou encore le Parc national Bahuaja-Sonene, sont une véritable réserve de faune et de flore, et le refuge de nombreuses espèces animales menacées telles que le loup à crinière ou le cerf des marais. La rivière Rio Madre de Dios quant à elle, située au sud du pays et originaire de la cordillère Orientale des Andes au nord-est de Cuzco, est la branche-mère du Madeira, principal affluent du gigantesque fleuve Amazone.

Plusieurs heures de navigation sur ses eaux jaunâtres sont nécessaires depuis le Terminal Rio Inambari de la petite ville de Mazuko pour rejoindre le lieu de rendez-vous au beau milieu de la forêt. L’air est chaud, très chaud, et les éclaboussures provoquées par le sillage de l’embarcation alimentent l’humidité ambiante, visiblement adorée par les moustiques, nombreux.

Les paysages, denses, beaux, hostiles, se suivent et se ressemblent, pour un temps.

Pour un temps seulement.

Petit à petit, les tons jaunes virent au rouge, les arbres se dispersent, les chants d’oiseaux se dissipent, la vie disparaît. Le parfum de la végétation, encore présent dans l’air, fait place à une rupture nette, où tout sur place est défriché.

La forêt péruvienne semble avoir été totalement dévorée, comme remplacée par un désert de boue, sans fin, parsemé de bidons plus ou moins hermétiques, pleins à ras bord de déchets chimiques, entreposés avec trop peu de précautions.

Un désastre écologique.

Ce paysage de désolation n’est autre que la perspective caractéristique des mines d’or.

Dans le bassin péruvien de Madre de Dios, les activités liées à l’extraction de l’or dévastent la végétation, polluent les rivières, et mettent en danger non seulement la biodiversité, mais aussi les riverains, y compris les travailleurs.

Il n’y a plus de débat possible.

Venu se rendre compte de la réalité de ses propres yeux, Sacha Pavan, Co-fondateur d’OR DU MONDE, prend une décision, sa joaillerie ne participera plus à la catastrophe sociale et environnementale que requiert l’extraction de ce minerai, et ne vendra plus que de l’or recyclé.

Fin.


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Les mines d’or ont contribué à modeler le visage qu’offre aujourd’hui la région péruvienne de Madre de Dios. Plus de 40 000 chercheurs d’or y seraient installés, essentiellement des migrants venus de l’Altiplano, et 50 000 hectares de forêt ont déjà disparu. A cette catastrophe écologique est venue s’ajouter la pollution au mercure, utilisé pour amalgamer la poudre d’or. Selon les autorités péruviennes, près de 40 tonnes de métaux lourds seraient déversées chaque année dans les fleuves.

La fièvre de l’or dévore la forêt. LE TEMPS, le 25 novembre 2014


Mélangé à l’eau, le cyanure est capable de dissoudre l’or comme l’argent, dès lors que leurs minerais sont concassés ou broyés suffisamment finement. Il existe deux façons d’utiliser le cyanure à des fins d’extraction. La première est de disperser une solution cyanurée directement à la surface d’un tas de roches. Cette solution coule alors vers un point de collecte entraînant l’or dissous. Simple et moins coûteuse, cette technique dénommée ‘lixivation en tas’ n’en est pas pour autant inoffensive. Elle induit des risques liés à la gestion des eaux et des digues qui les retiennent. L’autre manière d’employer du cyanure dans ce type d’opération est ce que l’on appelle la ‘lixivation en cuves agitées’. Employé pour des minerais plus riches en or ou qui demandent à être broyés finement, ce procédé est réalisé dans un environnement fermé et la solution cyanurée passe dans plusieurs ‘cuves’. Après avoir été broyées, les roches contenant l’or, mélangées à de l’eau, entrent dans l’usine sous forme de ‘pulpe’. Dans la méthode la plus pratiquée, 24 heures après l’ajout de cyanure, l’or dissous est mis au contact de ‘charbon actif’ contenu dans les cuves, sur lequel il se fixe. L’or est récupéré en ‘rinçant’ le charbon.

Ottone Scammacca, Philippe Marion. Pourquoi utilise-t-on du cyanure pour extraire l’or ? The Conversation, le 21 octobre 2019

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