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Nous nous installons à la terrasse du café, du côté est de la place, encore exposé au soleil.

Il fait bien meilleur que cet après-midi, le temps est plus frais, et les rayons sont un véritable délice pour la peau, nous en profitons.

Vu le contexte, nous apprenons à savourer l’instant présent, c’est même devenu indispensable.

C’est l’été.

Un petit vent frais soulève mes cheveux, je ferme les yeux.

J’ai tout de même du mal à prendre du recul. J’essaie de faire bonne figure, mais je ne me sens pas très stable émotionnellement.

Une larme coule sur ma joue.

Il pose sa main sur la mienne, me regarde fixement, puis attrape mes joues et colle son front contre le mien, alors que je sanglote.

Je respire de manière saccadée.

  • Sois forte, ma chérie !

Il dépose un baiser sur mes lèvres et sèche mes larmes, en tamponnant affectueusement mes joues rougies à l’aide de son mouchoir.

Hier, des manifestants ont encore été arrêtés, et nous sommes sans nouvelles de mon meilleur ami. Plus les heures passent, plus je ne peux m’empêcher d’angoisser.

Mes mains tremblent.

Je respire un bon coup, et tente de me ressaisir.

Je regarde autour de nous.

Je ne me sens plus en sécurité.

Les nouvelles lois semblent être respectées, les groupes disséminés aux quatre coins de la place n’excèdent en effet pas les trois personnes.

Plutôt que de me focaliser sur ces libertés que nous perdons les unes après les autres, je décide d’apprécier le fait de pouvoir être installée ici au soleil quelques instants. Je m’accroche à ce qu’il nous reste encore, comme si je sentais que tout allait filer entre nos doigts sans que nous ne puissions rien faire.

Nos chaises sont toutes tournées vers le soleil couchant, nos yeux sont fermés. Nous rechargeons notre énergie.

Nous ne parlons pas.

L’ambiance n’est plus ce qu’elle était, tout est si calme.

Les rires ont disparu.

Les chants aussi.

La vie aussi.

De temps à autres, nous entendons des détonations, sans réellement savoir d’où elles viennent. 

Elles sont de plus en plus fréquentes.

Les oiseaux s’envolent apeurés, et reviennent de moins en moins nombreux.

Les lueurs orangées illuminent les façades vitrées des immeubles, dont j’observe attentivement les moulures et revêtements, comme si tout avait subitement gagné en intérêt.

  • Dépêchons-nous, l’heure du couvre-feu approche. Nous nous retrouverons demain matin et discuterons de la suite des opérations après une bonne nuit de sommeil. Nous devons nous organiser. Nous n’avons plus le choix.

Nous quittons notre camarade en espérant qu’il ne se fasse pas arrêter sur le chemin du retour, car nous le savons, nous sommes tous surveillés.

Je le serre fort dans mes bras, et je n’aime pas ça.

Nous sommes au début de l’été.

Nous sommes au début de l’été, en 1936, en Espagne.

Nous sommes au début de l’été 1936, et nous ne le savons pas encore, mais les répressions successives que nous subissons sont les prémisses de l’instauration de la dictature franquiste.

Trois mois.

Trois mois seulement, auront permis à Franco de prendre le pouvoir, entre juillet et septembre 1936.

Trois petits mois.


À mon grand-père.

À tous.tes celles et ceux qui se battent et luttent pour nos droits, et qui subissent des répressions de plus en plus violentes.

À notre liberté.

À notre vigilance.


Au terme d’une manifestation sévèrement réprimée, le ministre de l’intérieur a annoncé l’interpellation de 142 ‘individus ultra-violents’. C’est faux. Les éléments réunis par Mediapart montrent que les policiers ont procédé à des arrestations arbitraires dans un cortège pacifique.

Anntton Rouget. Gérald Darmanin a maquillé les chiffres des interpellations lors de la manifestation à Paris. Mediapart, le 13 décembre 2020

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