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Il est un peu plus de 8 heures du matin au Sud-Est de l’île de Manhattan. Une légère averse vient de rafraîchir la ville, qui affiche d’ores et déjà 25°C. C’est l’été, rien de bien étonnant. Les quelques nuages présents dans le ciel New-yorkais assombrissent de temps à autres la façade clinquante et bleutée des trente-neuf étages de l’imposant rectangulaire Palais de verre. Une légère brise fait virevolter les drapeaux colorés des Etats Membres tout juste hissés, épousant le bâtiment du Nord au Sud et surplombant l’East River.

 

Nous sommes le lundi 19 août 2019.

Le quartier de Turtle Bay, et plus précisément le siège de l’Organisation des Nations Unies (ONU), s’apprêtent à accueillir l’ouverture de la troisième session de négociations de fond sur le futur traité mondial sur la haute mer. Les délégations, constituées des représentants des gouvernements des Etats membres de l’ONU, sont réunies pour deux semaines afin de débattre de la première version du texte publiée le 25 juin dernier par le secrétariat du département Droit de la mer. D’importantes modifications peuvent encore y être apportées, les enjeux sont immenses et les prochains jours seront cruciaux.

Les écosystèmes marins de haute mer sont la pompe biologique des océans : ils captent le dioxyde de carbone en surface et le stockent dans les profondeurs. Sans ce service essentiel, notre atmosphère contiendrait 50% de CO2 en plus, et la hausse des températures rendrait le monde inhabitable.

Source : Rapport 30×30 réalisé par Greenpeace en collaboration avec les universités de York et d’Oxford

Conscients (ou pas) du récent échec de la Convention pour la conservation de la faune et la flore marines de l’Antarctique (CCAMLR) à protéger l’océan Antarctique face à une poignée d’États plus occupés à préserver leurs intérêts économiques à court terme qu’à soutenir un projet de sanctuaires marins malgré les preuves scientifiques, les gouvernements devront plus que jamais faire preuve de courage politique.

En se dotant d’un traité international juridiquement contraignant visant à protéger la vie et les habitats marins situés au-delà des juridictions nationales, les Nations Unies fourniront ainsi aux États parties des bases solides pour créer des réserves marines en haute mer.

Source : Rapport 30×30

 

Qu’est-ce que le traité sur la haute mer ?

Aujourd’hui, seuls 0,8% des océans (en haute mer) sont réellement protégés des activités humaines néfastes.

Today, only 4.8% of the world’s oceans are protected in implemented and actively managed marine protected areas. Approximately half of that, or 2.2%, of the ocean is highly protected in no-take marine reserves.

Source : Atlas of Marine Protection

Le traité sur la haute mer – également appelé traité (mondial) des océans – vise à atteindre d’ici à 2030 le seuil du tiers de zones à l’abri – cliquez ici pour effectuer vos propres simulations – via la création d’un réseau mondial d’aires maritimes protégées (AMP). Ce chiffre de 30% – un minimum vital – est une recommandation de la communauté scientifique internationale et de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

L’organisation non gouvernementale (ONG) Greenpeace* s’est battue pendant des années pour qu’un tel traité soit adopté. Les scientifiques parlent de ‘la dernière chance pour les océans’.

Source : Greenpeace

Un traité fort et ambitieux est indispensable afin de donner la possibilité aux Etats parties de créer des sanctuaires marins, de constituer le cadre juridique nécessaire et de mettre en place des mesures de protection drastiques.

 

Qu’est-ce que la haute mer ?

Imaginez un monde parallèle au nôtre, sur cette même terre, mais invisible. Imaginez ce monde, lieu de vie d’une multitude d’espèces, dont certaines migratrices, façonné par des chaines de montagnes sous-marines, des cheminées hydrothermales, des fosses abyssales, des fronts océaniques, ou encore des canyons si profonds qu’ils pourraient engloutir l’Everest.

La haute mer s’étend sur près de la moitié de la surface du globe. Cet espace océanique situé au-delà des frontières nationales et donc par définition en dehors des eaux territoriales ne fait l’objet d’aucune protection ni réglementation. Elle fait partie des régions du monde les moins étudiées.

La haute mer (eaux internationales) représente 43% de la surface du globe et 70% de l’espace vital disponible sur notre planète, terres et mers comprises. Cet immense espace abrite un monde marin complexe doté d’une biodiversité aussi riche que celle des eaux côtières et des zones terrestres.

Source : Rapport 30×30

Les océans ne sont pas seulement d’immenses réserves d’eau salée, ils sont indispensables à notre survie.

Sur les terres, la plupart des frontières sont établies et pacifiées depuis longtemps, et les libertés encadrées par la loi. Mais au-delà des juridictions nationales se trouve la dernière frontière de la planète : la haute mer, un univers de quasi non-droit, objet d’une piètre gouvernance où le pillage ne connaît aucune restriction ou presque. En effet, sous couvert des libertés que leur confère la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), quelques nations, riches pour la plupart, exploitent la vie marine à la recherche de profits.

Source : Rapport 30×30

Quelles menaces pèsent sur la haute mer ?

  • La surpêche / pêche industrielle : Les flottes de pêche les plus modernes parviennent à atteindre les zones les plus reculées et plus profondes. Des millions de tonnes de poissons sont capturées dans les filets des bateaux de pêche chaque année et avec eux, des milliers de tortues, requins, dauphins, etc., dommages collatéraux d’une activité pratiquée de manière industrielle.
  • La pollution au plastique : Huit millions de tonnes de déchets plastiques viennent polluer nos océans chaque année.
  • Le dérèglement / changement / réchauffement climatique
  • L’acidification des océans
  • L’exploration / exploitation / extraction minière / pétrolière (forages) des fonds marins / eaux profondes
  • Des assauts des industriels de manière générale
  • Etc.

La création de réserves marines est donc fondamentale si nous voulons protéger les habitats et les espèces, restaurer la biodiversité des océans, aider les écosystèmes marins à se régénérer et ainsi préserver les biens et services qu’ils fournissent.

Source : Rapport 30×30

 

À quoi serviront les AMP ?

Les écosystèmes marins sont en déclin, au bord de l’effondrement. Il est impératif que la haute mer fasse l’objet d’une protection.

Les différents textes qui existent aujourd’hui – comme la Convention sur la diversité biologique (CDB) – régulent l’exploitation de la haute mer mais n’ont pas pour objet de la protéger. La création de ces réserves permettra de réguler les activités et donc de protéger la biodiversité et les écosystèmes marins en augmentant notamment leur résilience en leur permettant de se régénérer et de prospérer.

Des millions de tonnes de poissons sont capturées dans les filets des bateaux de pêche chaque année et avec eux, de nombreuses autres espèces, dommages collatéraux d’une activité pratiquée de manière industrielle. La création de ces zones d’exclusions permettra également de lutter contre les changements climatiques et garantir la sécurité alimentaire de millions de personnes.

Source : Greenpeace

 

Qu’est-ce que la campagne internationale #ProtectTheOceans ?

Afin de documenter les discussions en cours et à venir et présenter un argumentaire à la hauteur des enjeux aux décideurs travaillant sur le traité, Greenpeace à lancé en avril dernier l’une des plus grandes expéditions scientifiques maritimes de son histoire, la mission « POLE TO POLE« , dans le but d’étudier et de mettre en lumière les zones océaniques menacées et leurs écosystèmes, de devenir leur porte voix.

Il est primordial de mieux connaître les écosystèmes marins pour mieux les protéger.

Thiago Almeida, chargé de campagne pour Greenpeace Brésil

Au départ de Londres et en association avec des scientifiques et experts de la biologie marine, le plus imposant bateau de la flotte de l’organisation – cliquez ici pour visiter virtuellement l’Esperanza – naviguera durant près d’un an à travers les océans, reliant ainsi le pôle Nord (Arctique) au Pôle Sud (Antarctique) et faisant escale dans certaines des régions du monde à protéger impérativement.

Crédits photo : © Greenpeace

Cette expédition va nous conduire sur les zones qui sont en première ligne de la bataille que nous menons pour protéger nos océans. L’aide des scientifiques à bord sera précieuse pour comprendre les bouleversements que subissent nos océans et leurs écosystèmes, mais aussi pour savoir comment agir.

Edina Ifticène, chargée de campagne Océans pour Greenpeace

Source : « Itinéraire de l’Esperanza, d’avril 2019 à mars 2020« . Greenpeace

Et Julie et moi dans tout ça ?

Depuis la fin du mois d’août, le navire de Greenpeace est présent dans la région du Récif de l’Amazone au large de la Guyane – bien connue pour sa forêt amazonienne – afin de documenter la richesse des écosystèmes marins de cette zone.

C’est à Cayenne que Julie (Douze Février) et moi avons embarqué pour neuf jours à bord de l’Esperanza sur le « leg » (étape) consacré à la documentation des eco-systèmes de la région. Nous sommes accompagnées des équipes « campagne » de Greenpeace, de membres de l’observatoire Pelagis (CNRS/Université de la Rochelle) ainsi que du Groupe d’étude et de protection des oiseaux en Guyane GEPOG, spécialistes de la mégafaune marine (mammifères et oiseaux marins), d’un vidéaste et d’un photographe apnéistes, d’un preneur de son et de journalistes de différentes rédactions.

Crédits photo : © Greenpeace / Pierre Baëlen

Notre bateau naviguera en « transect » (ligne virtuelle ou physique que l’on met en place pour étudier un phénomène où l’on comptera les occurrences) au large de la Guyane française, plus précisément dans sa zone économique exclusive (ZEE) – espace maritime sur lequel un État côtier exerce des droits – afin de permettre aux équipes d’observer et de faire l’inventaire de la richesse exceptionnelle de la biodiversité marine de la région (baleines à bosse, orques, requins-baleines, dauphins, lamantins, raies-mantas, cachalots, tortues marines, oiseaux marins, etc.) jusqu’alors peu étudiée et au sujet de laquelle la connaissance scientifique reste limitée. Une attention plus particulière sera apportée aux baleines à bosse observées depuis quelques années dans la région et à l’étude de potentielles nouvelles routes migratoires des cétacés entre les eaux des Caraïbes et celles de l’Atlantique Sud-Ouest.

Ces observations, confrontées à celles des campagnes aériennes REMMOA 2008 et 2017, permettront notamment de tester les modèles de distribution de ces espèces face aux changements des conditions environnementales.

Sophie Laran de l’observatoire Pelagis, qui assure la coordination scientifique de ce volet avec son collègue Olivier Van Canneyt

Conviées aux observations à vue et aux réunions « campaign meetings » quotidiennes, nous aurons l’occasion de découvrir au jour le jour l’avancée des observations et hypothèses scientifiques et de vous les partager.

Crédits photo : © Greenpeace

Julie publiera un vlog sur sa chaîne YouTube quelques semaines après notre retour, et j’écrirai quotidiennement un carnet de bord, que je vous partagerai régulièrement sur Instagram.

Qu’en est-il des négociations ?

Retour à New-York.

Sous un ciel gris et après 15 jours de traversée de l’Atlantique, le voilier Malizia II transportant la jeune Greta Thunberg touche au but en se dirigeant vers les quais de Manhattan, accompagné d’un flottille de 17 voiliers représentant chacun l’un des objectifs du développement durable (ODD) 2030, mis à l’eau par l’ONU .

Nous sommes le mercredi 28 août.

 

Deux jours plus tard, la troisième session des négociations sur le traité pour les océans se termine sans avancée majeure. Les quelques 190 pays réunis lors de ces deux semaines de discussions aboutissent à un statu quo. Certains Etats font pression pour un maintien du mode de gestion actuel – catastrophique – des océans.

Nous sommes le 30 août et les négociations ne sont clairement pas à la hauteur de l’urgence.

That’s why it’s so frustrating to see UN members like the European Union proposing insufficient solutions that don’t represent a real change for our oceans. In addition, we expect more ambition from China, the host of the CBD CoP15, to be at the forefront of biodiversity protection. We also expect a maritime nation like Norway to take leadership in this process and are disappointed to see them push for a treaty that manages our global oceans in the same way which has brought them to the brink of collapse.

Source : Greenpeace

 

Que faire ? 

Les gouvernements prendront-ils conscience des responsabilités qui leur incombent, en plaçant la protection des océans au-dessus des intérêts économiques ? Désormais, les enjeux sont encore plus importants pour la phase finale des négociations qui aura lieu en 2020. Ensemble, faisons pression sur le gouvernement français pour qu’il s’engage !

Greenpeace exhorte les chefs d’État et les ministres à faire de ce traité pour la conservation et la gestion durable de la haute mer, la priorité dans l’agenda international de l’année à venir.

Source : Greenpeace

Vous pouvez nous soutenir en nous aidant à mettre la pression sur le gouvernement français – pour rappel, la France possède le deuxième domaine maritime mondial – pour qu’il s’engage pour le traité le plus ambitieux possible en signant la pétition et en partageant cet article et ces informations sur vos réseaux sociaux avec le hashtag #ProtectTheOceans.

Les résultats de ce rapport montrent qu’il est tout à fait possible de créer un réseau mondial d’aires marines protégées représentatif sur le plan écologique pour répondre à la crise actuelle à laquelle nos océans doivent faire face et permettre leur restauration. Ce besoin est impérieux et les moyens pour agir d’ores et déjà disponibles. La réalisation de ce projet ne dépend donc que de la volonté politique.

Source : Rapport 30×30

 

Mobilisons nous !

 

*Greenpeace France est une organisation indépendante des Etats, des pouvoirs politiques et économiques qui agit selon les principes de non-violence pour protéger l’environnement, la biodiversité et promouvoir la paix. Elle s’appuie sur un mouvement de citoyennes et citoyens engagé-e-s pour construire un monde durable et équitable. Greenpeace est présente dans 55 pays, sur tous les continents et tous les océans grâce à ses 28 bureaux nationaux et régionaux et ses trois bateaux. Elle compte plus de trois millions d’adhérent-es, dont 215 000 en France, et plus de 36 000 bénévoles à travers le monde.  

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