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Dimanche 25 août 2019, 22h30, Paris.

Nous y sommes presque.

Il se fait tard.

Calée au fond de mon canapé, un coussin sur les genoux pour réhausser mon ordinateur, j’observe par la fenêtre le ciel sombre et mystérieux qui me fait face. Le calendrier que je consulte me confirme que nous nous dirigeons doucement vers la nouvelle lune, qui en s’effaçant laissera bientôt place au plein rayonnement des étoiles.
Si vous saviez comme j’ai hâte de les observer loin de la ville, elles dont les lumières se refléteront bientôt partout autour de nous, dans l’immensité.

Je pense à la pollution lumineuse.

Je pense aux Humains.

Je pense à la voie lactée, à nous, au milieu de tout ça.

Je ferme les yeux et tente de me concentrer.

Mon cœur bat fort.

Je suis anxieuse.

Cela vaut-il vraiment le coup ? Ne suis-je pas en train de me tromper ?

Le vent tiède que me renvoie aléatoirement mon ventilateur au visage a des semblants de brise.

Lundi 26 août 2019, 17h, Paris.

Je suis fatiguée.

Depuis quelques jours, j’ai régulièrement le souffle coupé. Je somatise totalement. Les feux en Amazonie et en Afrique me perturbent profondément et remettent en perspective la mission que nous préparons depuis maintenant plusieurs semaines. J’avais pourtant tout imaginé, mais pas ça, pas ces feux, pas maintenant, pas si vite. Je prends un coup sur la tête.

Je ne cesse de me poser des questions.

J’oscille entre excitation et culpabilité.

Plus que jamais, nous devons communiquer autour de ces enjeux, en espérant (et surtout en faisant en sorte) que la récolte soit supérieure à la mise.

J’oscille entre motivation et résignation.

« Allez, tu ne pouvais pas ne pas participer à ce projet, tu as confiance en Julie et en sa capacité à transmettre des choses. »

Lundi 26 août 2019, 19h, Paris.

Notre live prévu demain matin est annulé.

Les canaux de communication de l’organisation avec laquelle nous partons sont pour le moment totalement dédiés aux feux en Amazonie, et c’est bien normal. Nous le comprenons.

Notre mission n’a donc pour le moment qu’un intérêt secondaire, bien que relevant des mêmes enjeux.

Nous ne pourrons rien vous dire jusqu’à jeudi. Julie et moi devrons broder.

Nous rions beaucoup, elle me rassure.

Mardi 27 août 2019, 11h34, A350.

C’est donc ça, le Flygskam.

C’est donc lui, qui tourmente mon sommeil sans gêne.

Je frôle la crise de panique.

Julie, Maud, Mélanie et moi en parlons. Nous arrivons à la conclusion que l’impact de notre mission sera (nous l’espérons) bien supérieur aux nuisances engendrées.

Ne serait-ce pas une manière d’apaiser ma conscience alors que je suis précisément en train de nourrir le mal que je tente de combattre ?

Oui, mais.

Oui mais je suis, moi aussi, engluée dans mon confort d’occidentale « pourrie gâtée », c’est un fait.

Lors de l’enregistrement, nous croisons Ghislain et Olivier accompagnés de leurs caisses de matériel. Vivement que nous puissions échanger davantage.

Mardi 27 août 2019, 16h37, A350.

Le bruit sourd des moteurs Rolls Royce en cabine me bercerait presque. L’ambiance à bord des Airbus fait (et je crois fera toujours) malgré moi partie des zones de confort auxquelles je me suis habituée.

Je me suis enfin calmée.

J’observe les formations nuageuses par le hublot et tente de profiter de ce moment.

J’aime les avions bien plus que de raison, et cela n’arrange pas mon affaire.

Je me lève, je marche, je campe devant les issues, j’écoute, j’observe.

Mardi 27 août 2019, 19h35, A350.

Je regarde à ma gauche par le hublot. Mon regard revient machinalement sur mon écran, mais il est attiré par l’extérieur. Je mets mon film sur pause.

Ce qui se passe dehors est bien plus beau. Je ne m’attendais pas à la voir de si près, pendant de si longues minutes. Elle est si belle. Jamais je n’ai vu une si belle forêt, et jamais je n’aurais pu la trouver plus belle. Elle est dense, majestueuse, belle de ses irrégularités et de sa biodiversité apparentes, de son camaïeu de vert.

Je suis fascinée.

Le front posé contre la vitre, complètement absorbée, j’oublie de penser à mes voisins qui eux aussi, auraient peut-être aimé profiter de l’atterrissage. Je suis happée par l’instant présent.

Mercredi 28 août, 19h30, Cayenne.

Il sera notre principal allié, et surtout, notre compagnon de route ces prochains jours.

Né en 1984 à Gdansk en Pologne, plus exactement à Stocznia Polnocna au sud de la Mer Baltique, il est le quatrième d’une fratrie de quatorze.

D’origine Russe mais de nationalité Néerlandaise, initialement spécialisé en recherche et lutte contre les incendies puis reconverti il y a une quinzaine d’années à d’autres activités, il parcourt désormais le monde afin de mettre en lumière et documenter les urgences environnementales.

Après plus de 24 heures d’attente, nous l’apercevons enfin au loin, dans la pénombre.

Habillé d’un vert couleur forêt, enlacé par un arc-en-ciel, il porte le nom de l’espoir. Il parait que les arcs-en-ciel sont insaisissables.

Nous le savions plutôt grand et très résistant, il est effectivement impressionnant.

Lui, c’est L’Esperanza, Espy pour les intimes.

Avec ses 72,3 mètres de long, il est le navire d’expédition le plus imposant de la flotte de Greenpeace.

C’est ici que le teasing prend fin. C’est à son bord que Julie et moi passerons les neuf prochains jours en tant que bénévoles dans le cadre de la campagne #ProtectTheOceans.

La suite très bientôt.

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