x Greenpeace – Q&A

Retranscription du live diffusé le lundi 2 septembre 2019 sur le compte Instagram de Greenpeace France à bord de l’Esperanza dans le cadre de la campagne, #ProtectTheOceans, animé par Julie Bourges du compte Douze Février. Les intervenants sont : Edina Ifticene, Chargée de campagne océans et pétrole pour Greenpeace France et Thiago Almeida, Chargé de campagne climat et énergie pour Greenpeace Brésil.

Crédits : © Greenpeace

Qu’est ce que l’expédition #ProtectTheOceans ?

Edina Ifticene, Chargée de campagne océans et pétrole pour Greenpeace France : L’océan produit 50% de l’oxygène que nous respirons, il est une véritable pompe à carbone, et pourtant, il est menacé de toutes parts, et pas seulement par le réchauffement climatique. L’idée de cette expédition est de mettre en valeur sa biodiversité et ses écosystèmes exceptionnels.

Source : « Itinéraire de l’Esperanza, d’avril 2019 à mars 2020« . Greenpeace

Plus d’informations : Pour en savoir plus au sujet de l’expédition « POLE TO POLE », cliquez ici.

Comment peut-on soutenir la campagne #ProtectTheOceans ?

Edina Ifticene : Il y a plusieurs moyens de soutenir la campagne #ProtectTheOceans :

  • Signer la pétition, qui vient d’ailleurs d’atteindre les 1,8 millions de signataires aujourd’hui ;
  • Relayer l’information sur les réseaux sociaux (en utilisant le #ProtectTheOceans) et ailleurs au sujet des différentes menaces pesant sur les océans, du futur traité sur la haute mer et de l’avancée des négociations, etc. Ce relais est crucial pour informer, sensibiliser et mobiliser ;
  • Interpeller nos élus : quelle est la position de notre gouvernement vis à vis de ce traité ? Cela pourrait nous aider à faire remonter l’information au plus haut niveau.

Plus d’informations : Pour connaitre le détail des menaces pesant sur les océans, cliquez ici.

Quel est le but de ce traité sur la haute mer ?

Edina Ifticene : Aujourd’hui, la haute mer est un eldorado où le premier arrivé est le premier servi, raison pour laquelle ce traité est si important. Il est pour les océans l’équivalent que ce que sont les Accords de Paris pour le climat, et permettra de protéger la biodiversité et les écosystèmes marins en régulant les activités qui s’y déroulent, ce qui n’est absolument pas le cas pour le moment.

Lors de la COP21 à Paris, le 12 décembre 2015, les Parties à la CCNUCC (Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques) sont parvenues à un accord historique pour lutter contre le changement climatique et pour accélérer et intensifier les actions et les investissements nécessaires à un avenir durable à faible intensité de carbone. L’Accord de Paris s’appuie sur la Convention et – pour la première fois – rassemble toutes les nations autour d’une cause commune pour entreprendre des efforts ambitieux afin de combattre le changement climatique et de s’adapter à ses conséquences, avec un soutien accru pour aider les pays en développement à le faire. En tant que tel, il trace une nouvelle voie dans l’effort mondial en matière de climat.

Source : Qu’est ce que l’Accord de Paris ?

Où en sont les négociations ?

Edina Ifticene : La totalité des pays membres de l’Organisation des Nations Unies (ONU) négocie et négociera ce traité entre 2019 et 2020. Parmi eux, certains pays plutôt progressistes souhaiteraient atteindre une version ambitieuse du texte tandis que d’autres, bloqueurs, souhaitent maintenir le statu quo, c’est à dire : aucune régulation. Ces pays bloqueurs sont : la Norvège, la Russie, la Chine, l’Islande et le la Japon. L’idée étant donc de « pousser » les pays progressistes à mettre le poing sur la table et à se faire entendre.

Plus d’informations : Négociations sur le traité pour les océans à l’ONU : un inquiétant statu quo

Comment pouvons-nous suivre ces négociations ?

Edina Ifticene : Greenpeace France publie régulièrement sur son site et sur son compte Twitter des billets de blog retraçant l’avancée des négociations. Greenpeace fait aussi partie de coalitions telles que la High Seas Alliance dont le site Treaty Tracker retrace au quotidien la progression des discussions.

Quelle est la position du gouvernement français par rapport à ce traité ?

Edina Ifticene : Il faut savoir qu’il n’y a pas de position francaise à l’ONU, mais une position européenne, elle doit donc défendre sa position au sein « des 28 » de l’Union Européenne (UE). La France, qui est présente sur l’ensemble des continents et est le deuxième plus grand domaine maritime au monde après les Etats-Unis, a un important rôle à jouer et est écoutée lorsqu’il s’agit des océans. Nous attendons du gouvernement français une véritable position politique au sujet de ce traité, ce qui n’est pour l’instant pas le cas. C’est ce sur quoi vous pouvez par exemple nous aider en interpellant vos élus.

Plus d’informations : Qui sont les pays membres de l’UE ?

Comment la haute mer est-elle actuellement protégée ?

Edina Ifticene : Si l’on souhaitait aujourd’hui créer une aire maritime protégée, c’est à dire un parc marin, on ne le pourrait pas, tout simplement parce qu’aucune juridiction de la haute mer n’existe pour le moment, et que ce type de mécanisme de création non plus. Aujourd’hui, les Etats se concentrent uniquement sur leurs eaux nationales, ce qui n’est pas évident. En effet, certaines aires maritimes protégées ne le sont que sur le papier, sans aucune gestion, ni aucun financement ni contrôle. L’ambition est donc de créer des aires maritimes fortement ou intégralement protégées par de réels niveaux de protection.

Today, only 4.8% of the world’s oceans are protected in implemented and actively managed marine protected areas. Approximately half of that, or 2.2%, of the ocean is highly protected in no-take marine reserves.

Source : Atlas of Marine Protection

En quoi cette mission fait-elle la différence ?

Edina Ifticene : Les recherches étant essentiellement terrestres, on connait bien plus la Guyane pour sa forêt, son or, ou encore ses fusées que pour son milieu marin, dont on sous estime d’ailleurs la richesse. Notre rôle est de valoriser deux aspects : la biodiversité en mégafaune (cétacés, dauphines, tortues, requins, thons, etc.) ; et le récif de l’Amazone, révélé en 2016 et encore très peu connu. L’environnement guyanais reste menacé par les explorations pétrolières au Brésil. L’objectif de cette expédition est d’apporter de nouveaux arguments à nos décideurs pour qu’ils puissent mettre le point sur la table et favoriser un traité ambitieux.

Plus d’informations : Le tatou. Total va détruire le récif de l’Amazone. YouTube, le 22 mai 2018.

Quels sont les objectifs de cette mission ?

Edina Ifticène : Il y en a deux, en partenariat avec le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) :

  • Observer la mégafaune (comme mentionné plus haut) ;
  • Documenter le récif de l’Amazone : nous allons faire les premières plongées en eau profonde en Guyane afin de prélever des échantillons et mieux comprendre cet écosystème, pour ensuite évaluer ce qui pourrait être impacté ainsi que la manière de réguler.

A combien de miles des côtes naviguez vous ?

Edina Ifticene : De l’Est de la Guyane en début de mission, nous sommes actuellement à l’Ouest depuis la nuit du 1er au 2 septembre. Nous naviguons approximativement à 70/100 kilomètres des côtes, soit entre 43 et 62 miles.

Qu’avez-vous déjà observé ?

Edina Ifticene : Point au lundi 2 septembre. Nous avons réussi à observer cinq espèces de dauphins : des grands dauphins (Tursiops truncatus), des orques naines ou pygmées (Feresa attenuata), des dauphins tachetés pantropicaux (Stenella attenuata), des dauphins à long bec (Stenella longirostris) et enfin des dauphins péponocéphales ou d’Electre (Peponocephala electra). Nous avons également pu identifier des roquals de Bryde (Balaenoptera bryde) ainsi que des cachalots nains (Kogia sima). Concernant les oiseaux, des frégates (Fregata) et Sternes (Sterna) ont été aperçues. L’observation de certaines espèces migratrices nous démontre que l’océan est connecté et que l’on ne peut pas se permettre de ne protéger qu’une infime partie des eaux nationales ici et là.

Crédits : © Greenpeace / Pierre Baëlen (@pierrebaelen)

Quels sont les métiers à bord ?

Edina Ifticene : L’équipage vivant au quotidien sur le bateau est composé : du capitaine, de trois officiers, des ingénieurs, du radio-opérateur (qui nous aide notamment à avoir internet à bord), du (de la) bosco (relais entre les officiers et les matelots), des matelots et de cuisinier. Se joignent à cet équipage les équipes « campagne » de Greenpeace composées des chargé.e.s de campagne, des communicants, des invités et des médias.

Que fait l’équipage au quotidien ?

Edina Ifticene : L’équipage a sa routine quotidienne : ils gèrent les différentes opérations, entretiennent le bateau de manière générale et nous aident à appliquer notre protocole. Les scientifiques ont un protocole très rigoureux – nous avons évoqué les « transects » – et mènent des observations de 6h30 du matin à 18h30 tous les jours via des systèmes de rotations. Lorsque des cétacés sont observés, ils s’occupent de la mise à l’eau des Zodiacs et nous permettent d’arriver au plus près (une certaine distance est respectée) et au plus vite.

Crédits : © Greenpeace / Pierre Baëlen (@pierrebaelen) / Jean-Pierre Vitulli

N’est-ce pas contradictoire d’être sur un bateau qui pollue ?

Thiago Almeida, Chargé de campagne climat et énergie pour Greenpeace Brésil:

This ship is from the 1980′ and Greenpeace invested a lot of money to make it as green as possible. So for example we have here hybrid engines and most of the time we are using electric engines that do not pollute, but when we have to go fast or against strong currents then we also have to use the other engine. At the same time we have a very good treatment system here, both for water and waste, so all the water that we take and we use, we give back to the ocean cleaner than we took. Greenpeace is working on making all its fleet a zero emission fleet, this is the process that has been going on and we will succeed hopefully very soon.

Pourquoi n’utilisez-vous pas des voiliers pour ce type d’expéditions ?

Edina Ifticene : Nous ne pouvons pas utiliser de voiliers pour ce type d’expéditions, et ce pour plusieurs raisons :

  • Nous devons scrupuleusement respecter les « transects » à une vitesse constante de 8 nœuds (un peu moins de 15 km/h). En voilier, nous devrions utiliser le moteur pour garantir cette condition stable ;
  • Le matériel à charger à bord pour ce type de mission est important et imposant : 5 Zodiacs, du matériel scientifique pour les plongées en eau profonde, un caisson, des bouteilles, etc.

Bien que nous dépendions pour le moment de l’Esperanza, le but est – comme le précisait Thiago – à terme de mettre en place des flottes à zéro émission.

Ces actions sont-elles ouvertes à tous ?

Edina Ifticene : Les bénévoles présents à bord sont avertis et doivent être formés pour vivre et travailler sur un bateau, notamment pour des questions de sécurité. Pour faire partie de ces équipages, la toute première étape est donc de devenir bénévole chez Greenpeace.

Comment peut-on agir au quotidien ?

Edina Ifticene : Encore une fois, il est important de relayer et de dénoncer au quotidien les activités destructrices. Et pour ce qui est des actions individuelles :

  • Bannir le plastique qui peut finir dans les océans et étouffer les animaux marins, donc tendre vers le zéro déchet ;
  • Consommer moins de poisson, essayer de favoriser des stocks en bonne santé, de saison ainsi que la vente directe, ce qui n’est pas évident mais primordial.

Pour continuer à défendre l’environnement, votre soutien nous est indispensable. Bonne nouvelle : il y a de multiples manières d’agir pour la planète.

Source : J’agis avec Greenpeace

Qui finance Greenpeace ?

Edina Ifticene : L’organisation Greenpeace est 100% indépendante et ne profite ni de financements privés, ni de financements publics, mais uniquement des donateurs. C’est justement grâce aux donateurs que des actions comme celle-ci contribuant à la recherche peuvent être organisées, et c’est à eux et à eux seuls que des comptes doivent être rendus.

Thiago Almeida : Just about the donors, the importance of every independant donor and not having any money from compagnies, political parties or anything, that is the reason why we can go against companies such as Total which we got out the Amazon reef in Brasil so thanks to you we can go against one of the largest compagnies in the world and dirtiest.

Plus d’informations : Guyane : Total rentre bredouille, Greenpeace.

Pour la Cour des comptes : « Le mouvement Greenpeace revendique le fait d’être financé que par des personnes physiques et refuse toute subvention provenant de personnes publiques ou d’entreprises : la Cour a constaté, lors de son enquête, que cette règle de principe est respectée par Greenpeace France ».

Source : Comptes annuels, Greenpeace

Plus d’informations : Comptes annuels 2017 de Greenpeace

Quelle est l’histoire de Greenpeace ?

Edina Ifticene : L’histoire de Greenpeace est une longue histoire. Elle débute dans les années 1970 lorsqu’un groupe de personnes révolté souhaite rendre visible l’invisible. Les toutes premières actions portent sur les cétacés et les déchets nucléaires, avant que Greenpeace ne devienne avec le temps l’organisation internationale que nous connaissons aujourd’hui. L’objectif principal de Greenpeace est désormais la lutte contre le changement climatique.

En septembre 1971, un groupe de militants nord-américains, pacifistes et écologistes, embarquent à bord du Phyllis Cormack pour protester contre les essais nucléaires américains prévus sur l’île d’Amchitka, au large de l’Alaska. Leur but est d’empêcher ces essais en se plaçant au centre de la zone d’essai. Cette action fait sensation dans le monde entier et atteint son but. En 1972, les Etats-Unis, sous la pression massive du public, annoncent la fin des essais nucléaires atmosphériques. Les militants de l’expédition cherchent alors un nom évocateur des problématiques qu’ils défendent : environnement et pacifisme. Ce sera « Greenpeace ».

Source : Notre histoire, Greenpeace.
Crédits : © Greenpeace

Comment rejoindre Greenpeace ?

Edina Ifticene : Il existe différentes manières de rejoindre Greenpeace : se mobiliser, adhérer à l’association, devenir bénévole ou activiste (cela nécessite de nombreuses formations), ou encore agir en ligne en participant aux campagnes en cours. Le but est d’augmenter cette force de mobilisation en collaboration avec les autres ONG, qui ont toutes le même objectif : lutter contre le changement climatique, dont la protection des océans fait partie intégrante.

Un grand merci pour toutes vos questions !

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