L’une des expériences les plus perturbantes, à propos du temps, qu’il m’ait été donné de vivre s’est déroulée dans le cadre de cours d’arts martiaux que j’ai suivis avec un vieux maître de l’esquive japonais. Parfaitement calme et sûr de lui, malgré sa très petite corpulence, il nous disait : “Attaquez-moi !”. Mais, à peine avait-on esquissé un geste qu’il était déjà derrière nous. On avait beau regarder de tous nos yeux, il allait tellement vite que c’était inhumain. Il était là, et puis il n’était plus là. On ne voyait pas la transition entre les deux. Un saut dans l’espace instantané. À tel point que ça ressemblait plus à un saut dans le temps. Quand on lui demandait quel était son secret, il rigolait. Et puis, il ajoutait, sans se départir de son sourire : “Je marche normalement. Mais mes secondes n’ont pas la même longueur que les vôtres.”
Patrick Burensteinas. Un alchimiste raconte. J’ai lu, 2018. 384 p.
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Patrick Burensteinas. Un alchimiste raconte. J’ai lu, 2018. 384 p.
