George Orwell. Pourquoi j’écris. 1946. Folio, 2022. 144 p.

Je me rappelle avoir dit un jour à Arthur Koestler : « L’histoire s’est arrêtée en 1936 », et qu’il a immédiatement opiné. Nous songions tous deux au totalitarisme en général, mais plus particulièrement à la guerre civile espagnole. J’avais depuis longtemps remarqué qu’aucun événement n’est jamais correctement rapporté dans la presse, mais en Espagne, pour la première fois, j’ai vu des articles de journaux qui n’avaient aucun rapport avec les faits, pas même le rapport qu’implique un mensonge ordinaire. J’ai vu rendre compte de grandes batailles là où nul combat n’avait eu lieu, et n’ai entendu que silence là où des centaines d’hommes avant été tués. J’ai vu des troupes qui s’étaient battues avec courage dénoncées pour leur lâcheté et leur traitrise, d’autres qui n’avaient jamais tiré le moindre coup de feu saluées pour être les héros de victoires imaginaires, et j’ai vu des journaux à Londres relayer ces mensonges et des intellectuels zélés ériger des superstructures émotionnelles sur des événements qui n’étaient jamais survenus.

George Orwell. Pourquoi j’écris. 1946. Folio, 2022. 144 p.

J’ai vu, à dire vrai, l’histoire s’écrire non pas en fonction de ce qui s’était passé mais de ce qui aurait dû se passer selon les diverses « lignes du parti ».

George Orwell. Pourquoi j’écris. 1946. Folio, 2022. 144 p.

Je trouve ce genre de chose effrayant, car cela me donne souvent le sentiment que la notion même de vérité objective est en voie de disparition. Après tout, il y a des chances pour que ces mensonges, ou des mensonges comparables, finissent par passer pour faits historiques.

George Orwell. Pourquoi j’écris. 1946. Folio, 2022. 144 p.

Patrick Burensteinas. Un alchimiste raconte. J’ai lu, 2018. 384 p.

L’une des expériences les plus perturbantes, à propos du temps, qu’il m’ait été donné de vivre s’est déroulée dans le cadre de cours d’arts martiaux que j’ai suivis avec un vieux maître de l’esquive japonais. Parfaitement calme et sûr de lui, malgré sa très petite corpulence, il nous disait : “Attaquez-moi !”. Mais, à peine avait-on esquissé un geste qu’il était déjà derrière nous. On avait beau regarder de tous nos yeux, il allait tellement vite que c’était inhumain. Il était là, et puis il n’était plus là. On ne voyait pas la transition entre les deux. Un saut dans l’espace instantané. À tel point que ça ressemblait plus à un saut dans le temps. Quand on lui demandait quel était son secret, il rigolait. Et puis, il ajoutait, sans se départir de son sourire : “Je marche normalement. Mais mes secondes n’ont pas la même longueur que les vôtres.”

Patrick Burensteinas. Un alchimiste raconte. J’ai lu, 2018. 384 p.

Rolf Dobelli. Mieux savoir bien vivre. Solar, 2019. 224 p.

Si seulement tout était prévisible, immuable, gravé dans le marbre !

Rolf Dobelli. Mieux savoir bien vivre. Solar, 2019. 224 p. (14-18)

Nous n’aurions qu’à nous concentrer sur la configuration initiale, tout prévoir dans les moindres détails […] pour atteindre nos objectifs.

Rolf Dobelli. Mieux savoir bien vivre. Solar, 2019. 224 p. (14-18)

Nous surévaluons le rôle de la programmation et sous-évaluons sans cesse celui de l’ajustement.

Rolf Dobelli. Mieux savoir bien vivre. Solar, 2019. 224 p. (14-18)