Extraits
L’Ecologie, c’est un mot simple. Il veut dire que l’homme, comme toutes les espèces vivantes, est inclus dans un milieu qui comprend la nature, les autres espèces vivantes, les autres hommes, et qu’il ne peut pas se permettre de détruire ce milieu sans se détruire lui-même.
Les menaces se précisent. Elles sont graves et mettent en danger l’existence même des hommes sur la Terre. L’épuisement des ressources est illustré par la hausse du prix du pétrole et des matières premières.. Les sols, l’air et l’eau sont souillés, parfois de manière irréversible ; des espèces animales et végétales indispensables à la vie disparaissent en nombre croissant.
Il y a déjà quatre milliards d’humains dont les trois quarts vivent dans le dénuement, alors que les pays riches se gorgent de la plupart des ressources mondiales.
Il faudra réinventer toute une civilisation. Car nos conditions de vie et de travail continuent de se détériorer et les inégalités sociales s’accentuent. De multiples conflits traduisent cette situation de crise. Elle ne peut que s’aggraver.
C’est un seul et même système qui organise l’exploitation des travailleurs et la dégradation des conditions de vie et qui met en péril la Terre entière. La croissance aveugle prônée par les partis, ne tient compte ni du bien-être, ni de l’environnement. Dans ce système, le coût de la pollution, puis de la dépollution sont additionnés pour gonfler le chiffre de la production, alors qu’en réalité, le bilan est nul, voire négatif. Les produits conçus pour se détériorer aussitôt après l’achat, les ordures qui s’accumulent, les fabrications d’armes, le recours à des techniques toujours plus lourdes et plus dangereuses : notre société s’emballe sans autre projet que de se reproduire.
Les gouvernements invoquent la mystique du progrès. Soyons clairs : un progrès dont la rançon est si lourde, pour notre santé, pour nos enfants, pour les travailleurs, n’est pas le progrès. La croissance n’a pas supprimé les inégalités en France : elle les a accentuées.
Au contraire, une minorité de privilégiés bénéficient de la croissance et se réserve soignement un cadre de vie agréable. Toutes les décisions sont concentrées entre ses mains. La centralisation s’étend à tous les domaines et transforme les citoyens, privés d’information, en robots de la production et de la consommation.
Notre “expansion” a été pour une bonne part réalisée grâce au pillage du tiers-monde, du fait du sous-paiement des matières premières, y compris le pétrole jusqu’en 1971. Ce pillage a permis notre invraisemblable gaspillage de toutes ces denrées. La contrepartie en est la famine qui s’étend de plus en plus, du Sahel à l’Ethiopie, dans les Andes, au Bangladesh et en Inde. La famine est due à la démolition des structures traditionnelles, des habitudes séculaires, de réserve de grains, et à une expansion inconsidérée des cultures d’exportation. Elle est due aussi aux dépenses abusives des élites qui veulent vivre à l’occidentale aux dépens de l’équipement agricole et industriel de leur pays.
Source
René Dumont. Pour une autre civilisation. Mouvement écologique, 1974 (1)
René Dumont. Pour une autre civilisation. Mouvement écologique, 1974 (2)
